La nouvelle de la disparition de Steve Jobs n’aura guère surpris mais la réaction entraînée semble être à la hauteur de l’extraordinaire talent du bonhomme. C’est d’ailleurs l’avalanche d’informations et de témoignages sur le parcours du co-fondateur d’Apple auxquels nous somme soumis ces jours derniers qui me donne une bonne raison d’y aller de mon petit commentaire…

Steve Jobs, c’est avant tout une carrière atypique, faite de rencontres opportunes et d’inspirations géniales, mais aussi de choix surprenants et d’erreurs (le plus souvent) assumées.
Il est bon de rappeler que l’homme d’affaire impitoyable, étudiant peu assidu du Reed College de Portland a puisé une bonne partie de sa philosophie aux sources du boudhisme : nous étions en 1975 et les drogues psychédéliques avaient encore la cote…

Après avoir préfiguré, avec le Macintosh, l’image qu’allait avoir l’informatique d’aujourd’hui (ou celle d’hier, le temps passe si vite…), celui qui est pourtant le gestionnaire de la firme à la pomme se verra évincé en 1985. Il est probable que les différents qui opposèrent Jobs au board d’Apple tenaient autant à sa personnalité qu’à la situation incertaine du marché de la micro-informatique en pleine crise de croissance. C’est en tout cas l’occasion de rebondir : l’aventure Next connaîtra son heure de gloire, en faisant tourner le premier serveur web. Mais les élégantes stations de travail noires ne pourront jamais concurrencer les ventes de la gamme Macintosh. Dans les années 90, le succès viendra de la branche software, qui jettera les bases du business online d’Apple avec WebObjects, avant de réintégrer le giron de la firme de Cupertino en 1997.

La renaissance viendra avec la parenthèse Pixar, confirmant par là que la vista de Jobs à besoin d’un terreau neuf pour s’épanouir. Tout va bien aussi sur le plan des affaires, avec une importante prise de participation dans l’empire Disney et voila le bonhomme devenu l’un des moteurs du rapprochement entre Hollywood et la Silicon Valley. Dans le même temps, Apple, privée de son leader charismatique semble avoir définitivement renoncé à détrôner Big Blue sur le marché de l’informatique professionnelle et n’en finit pas de chercher sa voie. La boucle est bouclée lors du rachat de Next et le come-back de Jobs au manettes, avec comme objectif à court terme, le retour aux bénéfices.

Dans les années 2000, la marque à la pomme va s’ouvrir a d’autres secteurs des nouvelles technologies. Sa croissance sera assurée par une série de produits – iPod, iPhone – et de services – iTunes – dont la conception révèle des choix d’esthète en matière de design et de qualité de fabrication. Ajoutons à cela que l’entreprise porte une attention extrême à son image de marque et parvient donc a fidéliser un clientèle plutôt haut de gamme. L’élément clef de cette réussite est la garantie d’une parfaite inter-opérabilité des produits à la pomme entre eux, dans un marché ou les standards ont plutôt tendance à se renouveler tous les six mois… En 2010, la part des revenus dégagés par la vente de matériel – desktop et portable – demeure constante en volume, mais ne représente plus aujourd’hui qu‘un tiers du total, face aux profits des autres branches et de l’activité en ligne.

La suite de l’histoire est connue : en 2011, la firme de Cupertino fait désormais partie, avec Google et Amazon, du trio de tête des majors de l’internet.  La valeur de l’entreprise – environ 375 milliards $ – est légèrement supérieure au PIB de Singapour ! Pour arriver ces résultats, Apple a dû faire quelques compromis, avec la firme Intel notamment, et aussi certains sous-traitants asiatiques… Mr Jobs, sous ses dehors un peu janséniste – le discret sourire sur l’éternel pull noir –  ne devait pas être au courant…

Alors comment tout cela va évoluer ? Malgré la crise, certains secteurs commerciaux haut de gamme continuent a afficher une prospérité insolente, mais jusqu’à quand ? Leader et prescripteur sur le marché prometteur des tablettes tactiles, Apple affronte en ce moment la concurrence des constructeurs asiatiques mais aussi celle des distributeurs de contenu US. Gageons cependant qu’avec un ADN aussi puissant, l’esprit de Steve Jobs continuera longtemps a inspirer les designers d’Apple pour qu’ils continuent à nous donner le meilleur.

« Soyez fous, soyez insatiables ! » [ Steven Paul Jobs | 1955-2011 ]

A voir en complément :

– Petit historique d’Apple + bio des fondateurs
– Un excellent article résumant la philosophie d’Apple dans Slate (04/2010)
– Un bon film de geeks sur l’histoire parallèle d’Apple et Microsoft > Pirates of Silicon Valley

Comments

  1. Décembre 2011 > parution de LA bio qui changera (ou pas…) votre regard sur « le génie qui à changé le monde » – « Steve Jobs » par Walter Isaacson, J.C. Lattès – 667 pages

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